« Si leur travail est suffisamment développé, les peintres de paysages prennent conscience de l'influence de la géographie sur la formation d'un caractère national et d'une culture. Cette conscience contribue à créer une plus profonde empathie avec le sujet et élargit l'horizon de la signification de l'œuvre. » R.B.


Tout en prenant la défense des couleurs « surnaturalistes » de Delacroix, Baudelaire disait de l'imagination qu'elle était « la reine du vrai » (Salon de 1859). Richard Ballard ne peint ni « lac de sang » ni arbre rouge mais des meules de blé celtiques dans le Midi !


Souvent il restreint « le champ visuel » en peignant deux grands rectangles de part et d'autre de son tableau. Nous voir là donc sommés de reconnaître l'évidence : la meule (qui est au milieu) n'est pas un objet, elle ne fait pas partie du paysage, elle en est le produit artisanal et mécanique, elle EST le champ.


Lourd et veule, le terme de meule n'a rien d'anglais. Pourtant de séries en séries, l'écart entre la chose et le mot qui le désigne semble se combler : Ballard peint des entrelacs de tiges qui s'enroulent en spirales. Il peint des arabesques qui surgissent d'un conglomérat de lignes épaisses. A quelle commémoration ancestrale ces alignements mystérieux nous renvoient-ils ?


A l'instar de Kandinsky devant le tableau de Monet, on ne perçoit d'abord que la forme géométrique abstraite qui flotte dans l'espace. Puis la meule... Puis le champ... Troublée par la couleur « surnaturaliste » (certaines meules sont peintes en rouge), la perception du réfèrent nécessite un véritable effort d'accommodation visuelle et mentale.



Carole Boulbes