Bernard Goy

 

    Les oeuvres récent~s de Richard Ballard s'apparentent à des monochromes, dont elles pervertissent, sans souci polémique, l'éventuelle pureté.

    A la « table rase des sensations » succède ici la restitution d'une expérience singulière, un peu comme si l'artiste avait décidé de saisir un instant de la perception, avant qu'une décision n'en trahisse l'ampleur, ou comme le signifiait Barnett Newman lorsqu'il déclarait être allé "jusqu'au bord sans tout jeter par-dessus".


    Le Monochrome, en tant que totalité indépassable de la peinture est plus souvent une vue de l'esprit qu'une réalité. Ses connotations puristes et absolutistes sont théoriques, ses phénoménologies variées, et sa descendance aussi riche qu'impure. La couleur évacue le caractere pittoresque du sujet et confère au tableau les qualités spatiales d'un étranger * de grande dimension, que le regard identifie peu à peu, en s'y perdant d'abord, dans un mélange de sensations corollaires, dont celle d'une chaleur irradiante.


    Si l'artiste n'a pas abandonné le sujet, celui-ci se diffuse plus qu'il ne se montre, l'image se résolvant en rythmes, selon une fréquence d'une haute intensité.

    Le paysage, ce sujet réputé caduque, est débarassé de ses connotations convenues et reparaît dans l'actualité intime de la sensation privée, tandis que l'usage d'une couleur unique n'est plus en lui-même un geste unifiant, mais bien la transposition d'un reflet lumineux.

    Le point de vue du spectateur est à la fois surplombant et très proche, privé de repères mais invité au coeur d'un événement statique, qui n'est peut-être rien d'autre que l'écho d'une durée pour laquelle il ne dispose d'aucune mesure.


Bernard Goy .


* Nom donné parfois aux météorites